Labourage, enherbement, drainages, ont participé à un réveil de la qualité des vins, lesquels se vendent désormais en primeur à une vingtaine de négociants de la place de Bordeaux. Le vignoble est assis sur un plateau de sables et d’argiles, et planté à 80% de merlot. Les vins de Laroze ont une réelle personnalité, beaucoup de couleur, et une attaque très aromatique à défaut d’une grande persistance en finale. Ce sont des vins originaux et attirants, qui rassemblent une quantité grandissante d’amateurs.
Laroze 2006. Le bouquet est assez fermé et le vin affiche une certaine austérité. C’est un vin sérieux, bien structure, avec une personnalité encore un peu massive, mais qui semble plus prometteuse que le millésime 2007.
Laroze 2004. Vin sombre et puissant, pas très long en bouche mais d’une belle opulence. Bien fidèle à son millésime, élégant et dense, voilà un vrai vin de terroir qui va s’ouvrir bientôt et donner beaucoup d’agrément.
Laroze 2003. Avec un rendement qui n’a pas dépassé 23 hectolitres à l’hectare, Guy Meslin a concocté un nectar singulier et sympathique à la fois.
Grâce à l’argile, le vin a supporté la canicule et montre un grand charme, un mélange atypique de douceur et de vivacité. Les tanins sont agréablement fondus, mais il reste une agréable fraîcheur. Bouteille étonnante pour un millésime qui l’est aussi.
Laroze 2002. Joli nez de fruits cuits, puis une bouche plus raide, pour un vin droit et un peu linéaire. Malgré une grande pureté, la finale est un peu sèche. Mais l’ensemble a du charme et le vin montre d’heureuses dispositions à pouvoir être bu rapidement.
Laroze 2001. Avec une couleur encore sombre, le vin étonne par sa jeunesse.
Massif mais fringant, il a une belle structure tannique et aromatique, et il faut attendre un peu pour qu’il libère tous ses parfums, tout en civilisant une fougue juvénile. Très belle réussite, donc, avec une persistance en fin de bouche qui prépare une très belle bouteille pour demain.
Laroze 1998. Vin noir comme le précédent avec une attaque ample et séduisante.
Pur et net, il finit court avec une finale plus faible et un peu fuyante. Le Laroze 1990 est dans le même style avec une couleur jeune mais des arômes de tabac et de cuir, qui signent une certaine évolution. Ce sont des vins élégants et très agréables, mais à boire vite.






Château Beychevelle (Saint Julien)
Ce fut une occasion rare de déguster des vins très anciens, de les comparer avec les plus jeunes, de commenter leur jeunesse, leurs qualités, leurs arômes, et finalement, de s’émerveiller de la capacité des grands terroirs à produire des vins dont la structure autorise un long vieillissement, sans altérer leur finesse ni leur élégance. Parmi une vingtaine de vins, issus de toutes les décennies du vingtième siècle, nous reproduisons à titre d’exemple les commentaires d’une douzaine de bouteilles, révélatrices de la personnalité de ce cru.
Millésime 2005. Couleur très noire, nez encore réservé où percent la myrtille et le cassis, énorme potentiel : à revoir après 2010, grande bouteille pour demain.
Millésime 2004. Vin tout en fruit et en fraîcheur, très élégant avec des tanins droits et soyeux, commence à montrer beaucoup d’agrément. A décanter une heure avant de servir.
Millésime 2002. Joli nez très complexe, où se mêlent la vanille, les parfums du chêne et des fruits rouges. Le vin est un peu linéaire, mais facile, très plaisant et prêt à boire. Manque un peu de longueur, mais pas de féminité. Bonne bouteille pour le déjeuner.
Millésime 2001. Magnifique nez de réglisse, avec des arômes de fumée qui le ferait prendre à l’aveugle pour un grand graves. Ample et long, superbe en bouche de consistance et de complexité: c’est un vin racé et distingué, qui semble taillé pour une longue route, mais apporte déjà un vrai bonheur. Belle bouteille pour le rôti de bœuf et les cèpes.
Millésime 2000. Etonnant nez de truffe, dont l’intensité pourrait faire croire à une dérive aromatique. Belle mâche longue et complexe en bouche, le type même du grand médoc parfumé, avec des tanins harmonieux. Toujours cet équilibre et cette élégance. Déjà prêt à boire.
Millésime 1996. Très beau bouquet d’où émergent des parfums de violette cassis, fraise. Beaucoup d’intensité en bouche, et une grande droiture, sans sévérité, qui l’apparente bien à l’élégance des plus grands vins du Médoc. A la fois puissant et doux, masculin et féminin, il s’inscrit dans un registre androgyne propre à Saint Julien.
Millésime 1989. Une des grandes réussites du cru avec des arômes complexes de tabac et de café, c’est un grand vin, long et charnu, encore un peu massif et d’une jeunesse étonnante. Superbe bouteille, à décanter pour se régaler sur des ris de veau, ou du canard .
Millésime 1986. Magnifique bouquet, légèrement exotique avec des senteurs de camphre et d’eucalyptus, puis une intensité aromatique explosive en bouche, servie par un charme envoûtant et une grande persistance. La séduction absolue, proche de la perfection pour l’amoureux du Médoc.
Millésime 1982. On retrouve au nez des parfums de bois tropicaux déjà repérés, et en bouche ce charme qui régale et tapisse le palais. Légèrement plus facile que le précédent, néanmoins, avec une pointe de fluidité, mais le plaisir est intense et la finale étourdissante.
Millésime 1970. Nez incroyable, qui marie le chocolat et la pomme de terre, dans une ambiance très alléchante. Avec de beaux tanins, le vin est debout, solide, et d’une rare fraîcheur à bientôt 40 ans! Joli millésime, évidemment à boire sans attendre, qui réserve un beau moment à l’amateur de vieilles bouteilles.
Millésime 1961. Après une attaque magistrale, le vin faiblit un peu en fond de bouche, mais garde un fond de vivacité bien venu. Avec ses parfums complexes, c’est un vin fin et délicat, à la couleur ambrée, très jolie, et à l’élégance souveraine. La beauté de la vieillesse, sans les rides.
Millésime 1955. Ce vieux vin est marqué par un très beau nez de fleurs, la douceur et l’élégance de ses tanins. Il est toujours débout, mais perd un peu de grâce et tend à se durcir. A boire donc, sans attendre, mais en admirant sa longévité.
Conclusion. Les vins de Beychevelle peuvent résumer leur personnalité à quelques mots : équilibre complexité, finesse, fraîcheur, élégance. A leur grande qualité aromatique et à l’harmonie de leurs tanins, s’ajoute une rare capacité à affronter le temps. Certains millésimes comme le délicat 1978, l’étonnant 1948 ou l’émouvant 1914, montrent la grandeur de ce terroir.