4 août, 2009 | Commentaires de dégustation | Dégustation |

Château Beychevelle (Saint Julien)

Ce fut une occasion rare de déguster des vins très anciens, de les comparer avec les plus jeunes, de commenter leur jeunesse, leurs qualités, leurs arômes, et finalement, de s’émerveiller de la capacité des grands terroirs à produire des vins dont la structure autorise un long vieillissement, sans altérer leur finesse ni leur élégance. Parmi une vingtaine de vins, issus de toutes les décennies du vingtième siècle, nous reproduisons à titre d’exemple les commentaires d’une douzaine de bouteilles, révélatrices de la personnalité de ce cru.

Millésime 2005. Couleur très noire, nez encore réservé où percent la myrtille et le cassis, énorme potentiel : à revoir après 2010, grande bouteille pour demain.

Millésime 2004. Vin tout en fruit et en fraîcheur, très élégant avec des tanins droits et soyeux, commence à montrer beaucoup d’agrément. A décanter une heure avant de servir.

Millésime 2002. Joli nez très complexe, où se mêlent la vanille, les parfums du chêne et des fruits rouges. Le vin est un peu linéaire, mais facile, très plaisant et prêt à boire. Manque un peu de longueur, mais pas de féminité. Bonne bouteille pour le déjeuner.

Millésime 2001
. Magnifique nez de réglisse, avec des arômes de fumée qui le ferait prendre à l’aveugle pour un grand graves. Ample et long, superbe en bouche de consistance et de complexité: c’est un vin racé et distingué, qui semble taillé pour une longue route, mais apporte déjà un vrai bonheur. Belle bouteille pour le rôti de bœuf et les cèpes.

Millésime 2000. Etonnant nez de truffe, dont l’intensité pourrait faire croire à une dérive aromatique. Belle mâche longue et complexe en bouche, le type même du grand médoc parfumé, avec des tanins harmonieux. Toujours cet équilibre et cette élégance. Déjà prêt à boire.

Millésime 1996
. Très beau bouquet d’où émergent des parfums de violette cassis, fraise. Beaucoup d’intensité en bouche, et une grande droiture, sans sévérité, qui l’apparente bien à l’élégance des plus grands vins du Médoc. A la fois puissant et doux, masculin et féminin, il s’inscrit dans un registre androgyne propre à Saint Julien.

Millésime 1989. Une des grandes réussites du cru avec des arômes complexes de tabac et de café, c’est un grand vin, long et charnu, encore un peu massif et d’une jeunesse étonnante. Superbe bouteille, à décanter pour se régaler sur des ris de veau, ou du canard .

Millésime 1986
. Magnifique bouquet, légèrement exotique avec des senteurs de camphre et d’eucalyptus, puis une intensité aromatique explosive en bouche, servie par un charme envoûtant et une grande persistance. La séduction absolue, proche de la perfection pour l’amoureux du Médoc.

Millésime 1982
. On retrouve au nez des parfums de bois tropicaux déjà repérés, et en bouche ce charme qui régale et tapisse le palais. Légèrement plus facile que le précédent, néanmoins, avec une pointe de fluidité, mais le plaisir est intense et la finale étourdissante.

Millésime 1970. Nez incroyable, qui marie le chocolat et la pomme de terre, dans une ambiance très alléchante. Avec de beaux tanins, le vin est debout, solide, et d’une rare fraîcheur à bientôt 40 ans! Joli millésime, évidemment à boire sans attendre, qui réserve un beau moment à l’amateur de vieilles bouteilles.

Millésime 1961. Après une attaque magistrale, le vin faiblit un peu en fond de bouche, mais garde un fond de vivacité bien venu. Avec ses parfums complexes, c’est un vin fin et délicat, à la couleur ambrée, très jolie, et à l’élégance souveraine. La beauté de la vieillesse, sans les rides.

Millésime 1955. Ce vieux vin est marqué par un très beau nez de fleurs, la douceur et l’élégance de ses tanins. Il est toujours débout, mais perd un peu de grâce et tend à se durcir. A boire donc, sans attendre, mais en admirant sa longévité.

Conclusion. Les vins de Beychevelle peuvent résumer leur personnalité à quelques mots : équilibre complexité, finesse, fraîcheur, élégance. A leur grande qualité aromatique et à l’harmonie de leurs tanins, s’ajoute une rare capacité à affronter le temps. Certains millésimes comme le délicat 1978, l’étonnant 1948 ou l’émouvant 1914, montrent la grandeur de ce terroir.

20 mai, 2008 | Commentaires de dégustation |

Château Laroze à Saint Emilion

Labourage, enherbement, drainages, ont participé à un réveil de la qualité des vins, lesquels se vendent désormais en primeur à une vingtaine de négociants de la place de Bordeaux. Le vignoble est assis sur un plateau de sables et d’argiles, et planté à 80% de merlot. Les vins de Laroze ont une réelle personnalité, beaucoup de couleur, et une attaque très aromatique à défaut d’une grande persistance en finale. Ce sont des vins originaux et attirants, qui rassemblent une quantité grandissante d’amateurs.


Laroze 2006. Le bouquet est assez fermé et le vin affiche une certaine austérité. C’est un vin sérieux, bien structure, avec une personnalité encore un peu massive, mais qui semble plus prometteuse que le millésime 2007.


Laroze 2005. Beau vin classique, concentré et complexe, qui a déjà du charme, mais qu’il faut attendre encore un peu pour lui laisser le temps de dévoiler tous ses parfums : violette, truffe, cachou, cigare …. C’est une réelle palette d’arômes. Belle bouteille pour demain.


Laroze 2004. Vin sombre et puissant, pas très long en bouche mais d’une belle opulence. Bien fidèle à son millésime, élégant et dense, voilà un vrai vin de terroir qui va s’ouvrir bientôt et donner beaucoup d’agrément.


Laroze 2003. Avec un rendement qui n’a pas dépassé 23 hectolitres à l’hectare, Guy Meslin a concocté un nectar singulier et sympathique à la fois.
Grâce à l’argile, le vin a supporté la canicule et montre un grand charme, un mélange atypique de douceur et de vivacité. Les tanins sont agréablement fondus, mais il reste une agréable fraîcheur. Bouteille étonnante pour un millésime qui l’est aussi.


Laroze 2002. Joli nez de fruits cuits, puis une bouche plus raide, pour un vin droit et un peu linéaire. Malgré une grande pureté, la finale est un peu sèche. Mais l’ensemble a du charme et le vin montre d’heureuses dispositions à pouvoir être bu rapidement.


Laroze 2001. Avec une couleur encore sombre, le vin étonne par sa jeunesse.
Massif mais fringant, il a une belle structure tannique et aromatique, et il faut attendre un peu pour qu’il libère tous ses parfums, tout en civilisant une fougue juvénile. Très belle réussite, donc, avec une persistance en fin de bouche qui prépare une très belle bouteille pour demain.


Laroze 1998. Vin noir comme le précédent avec une attaque ample et séduisante.
Pur et net, il finit court avec une finale plus faible et un peu fuyante. Le Laroze 1990 est dans le même style avec une couleur jeune mais des arômes de tabac et de cuir, qui signent une certaine évolution. Ce sont des vins élégants et très agréables, mais à boire vite.

8 novembre, 2007 | Commentaires de dégustation | Beau-Séjour Bécot, de 1969 à 2005 |

Chateau Beau-Séjour Bécot

Les frères Bécot y travaillent en famille, et concoctent, loin des modes, un vrai vin de terroir, qui puise sa pureté et son élégance dans le rocher. Le second vin est étiqueté La Tournelle; les Bécot possèdent aussi La Gomerie, petit cru de St Emilion (2,5 hectares), qui produit un fin féminin et complexe, issu du seul cépage merlot. Une longue et belle dégustation verticale vient de réunir à la propriété une demi-douzaine de professionnels.


Millésime 2005
Très beau vin à attendre patiemment, sombre et concentré, qui donnera dans quinze ans une bouteille somptueuse. Tanins très mûrs, parfums concentrés, tout y est.


Millésime 2004
Un cran légèrement au dessous du précédent, mais loin d’être prêt à boire, va bientôt fondre ses tanins; manque à ce jour un peu de grâce, mais pas de profondeur.


Millésime 2003
Vin tout en fruit et tout en charme, avec un joli nez de fruits rouges, et beaucoup de rondeur. Inutile d’attendre dix ans : on décante une heure avant de servir et on se régale.


Millésime 2002
Joli vin, encore fermé, voire austère, qui affiche de la longueur et une densité inattendues dans ce millésime. Massif et concentré, c’une une bonne bouteille pour demain.


Millésime 2001
Vin ample avec beaucoup de fraîcheur, pur, racé et bien marqué par des arômes de tabac. Sa droiture impose d’attendre un peu, malgré une attaque déjà gourmande. Un vin très élégant et prometteur.


Millésime 1999
Avec un beau nez d’épices, de muscade, de bois exotique et de poivre, ce vin s’annonce très bien, mais finit plus mal, avec rudesse et un soupçon de sécheresse. Bizarre. A revoir.


Millésime 1998
Très supérieur au précédent, tout empreint du charme du merlot bien mûr, vin prêt à boire mais à garder aussi, avec des tanins solides mais harmonieux, un nez exquis de fraise et de framboise, et une bouche superbement fruitée. Un régal, dans un registre de grande finesse.


Millésime 1995
Très joli vin à boire, typique de ce terroir, avec beaucoup d’élégance; c’est un vin délicieux qui marie rondeur et vivacité, et affiche une belle jeunesse. Les millésimes 1997, 1993 et 1994, ne sont pas dénués de qualité, mais devraient être bus et ne gagnent plus rien à attendre.


Millésime 1990
Beau vin très aromatique, épicé, avec des arômes bien
expressifs. Mais commence à évoluer vers un vieillissement qui suppose qu’il ne sera jamais meilleur. A boire aussi.


Millésime 1989
Vin somptueux, plein et jeune, d’une fraîcheur inattendue, avec une persistance aromatique qui n’en finit pas, et possède encore peut-être de la réserve. Une des plus belles bouteilles de la série: bientôt vingt ans et pas une ride. Mille parfums se combinent en bouche dans une belle harmonie. Grande réussite.


Millésimes 1988 et 1986
Deux vins magnifiques, marqués par des arômes de pruneau et de cuir, très proches en qualité l’un de l’autre, donnent une très bonne image de ce cru, dans leur élégance et leur pureté. Les tanins très civilisés apportent une impression de douceur, mais aussi de distinction, qui signent l’excellence du terroir, et le sérieux de la vinification.


Millésime 1985
Après un nez floral et complexe, le vin surprend par sa sécheresse et sa vivacité. Les tanins sont bien là, debout et nets, mais la finale est un peu courte. Le tout ne manque pas de qualité, mais s’apparente à une sorte de raideur aristocratique un peu hautaine.


Millésime 1978
Le vin a vieilli et doit être bu; il affiche un nez de fleurs et de beaux arômes secondaires, mais une finale acide qui trahit l’année tardive. Manque de gras mais pas de distinction.


Millésime 1976
Très bonne surprise avec un vin long, équilibré et bien complet, qui montre une fraîcheur et une vivacité inattendues dans cette année de grande sécheresse. Très jolie bouteille à boire pour se régaler, et qui ne fait pas son age.


Millésime 1971
Bouquet très délicat de rose et d’amande, un peu faible en bouche, avec une finale fuyante, mais sans aucune dérive aromatique. C’est du vin vieux. Le millésime 1975 est du même tonneau, avec une attaque agréable mais une finale assez maigre. A boire donc.


Millésime 1970
Encore une bonne surprise: voilà un vin debout, le nez commence à pâlir mais les tanins sont là, et donnent une belle mâche; c’est un vin racé, qui montre son terroir et une silhouette longiligne mais noble.


Millésime 1969
C’est la première vendange des Bécot sur ce terroir, venus en voisins depuis le cru mitoyen de La Carte. Le vin est dépassé aujourd’hui, avec une acidité qui le tient debout mais qui est rejetée de nos jours. Il est cependant supérieur à l’image négative de ce millésime à Bordeaux.


Conclusion: le vin de Beau Séjour Bécot est élevé dans les caves naturellement climatisées, creusées dans la pierre par les carriers de jadis. Avec deux tiers de merlots et le reste en cabernets, il réalise une parfaite synthèse du grand Saint Emilion de plateau. Il se recommande par son aptitude au vieillissement, son bouquet floral, son élégance raffinée, et une acidité surtout présente dans les vieux millésimes. Depuis 2001, il semble marqué par saut qualitatif qui le hisse très haut.

23 octobre, 2007 | Commentaires de dégustation | Haut Brion, de 1982 à 2005 |

Château Haut Brion

Ce cru aujourd’hui enserré dans la banlieue très urbanisée de Pessac, donne des vins considérés parmi les plus fins, les plus élégants, les plus raffinés du monde. Haut Brion est la propriété de la famille Dillon depuis 1935, et c’est le prince de Luxembourg, arrière petit fils de Clarence Dillon, qui dirige la propriété, avec Jean-Philippe Delmas, directeur d’exploitation. Ce dernier vient d’organiser une dégustation de millésimes récents à la propriété.

Haut Brion 2005
Le vin est encore fermé mais affiche un gros potentiel. La complexité perce sous la puissance, mais il faudra plusieurs années pour qu’il donne toute sa mesure. Sous réserve de résister à une légitime impatience, on devrait alors être comblé.

Haut Brion 2004
Beau vin de grande noblesse, avec un nez de figue et de vanille, des tanins de taffetas, et un fond de bouche très opulent. Une bouteille délicieuse, qui s’annonce très au dessus de l’image de ce millésime.

Haut Brion 2003
Vin assez facile, qui sera accessible très rapidement. Les arômes sont fins et friands, donnant une bouteille sympathique, à défaut d’un grand millésime.

Haut Brion 2002
Très pur, très net, c’est un Haut Brion classique, un peu droit, et assez réservé. Il faudrait le décanter en carafe deux heures avant de servir, ou mieux encore, attendre encore quelques années pour qu’il se bonifie.

Haut Brion 2001
Magnifique de couleur, d’équilibre et d’élégance, ce millésime surprend par une texture exquise et une finale aérienne. Vin étonnant, gracieux et cependant musclé, qui est déjà très bon mais vieillira très bien. Jolie bouteille.

Haut Brion 2000
Nez fabuleux d’amande et de pruneau, tanins de soie, élégantissime en bouche et d’une longueur infinie en finale. Un vin parfait pour qui aime le raffinement incomparable du très grand bordeaux.

Haut Brion 1998
Encore un grand classique, avec un nez gourmand et légèrement viandé, de jolis arômes rôtis, des tanins très mûrs et une grande persistance aromatique. Bouteille de grande classe, qui arrive aujourd’hui à sa plénitude.

Haut Brion 1996
Le vin s’ouvre sur une ampleur aromatique très séduisante, une fraîcheur et un équilibre remarquables pour un vin de cet age. Belle longueur et belle densité aromatique, qui lui donnent un agrément immédiat. Inutile d’attendre encore dix ans.

Haut Brion 1982
Extraordinaire de jeunesse et de charme, ce vin séduit d’abord par sa couleur, puis son nez de cuir et de fruits confits. On lui donnerait dix ans de moins à l’aveugle. Superbe bouteille, et Haut Brion type, dont la tenue et la complexité laissent l’amateur admiratif. Certainement l’un des meilleurs millésime du domaine.

L’encépagement moyen de ces différents millésimes pourrait être : 55% merlot, 35% cabernet sauvignon et 10% cabernet franc. Ces pourcentages peuvent évoluer cependant d’une année sur l’autre, selon la nature du millésime. Le Château Haut Brion produit aussi un second vin, étiqueté Bahans Haut Brion, et quelques bouteilles d’un vin blanc de Graves, considéré comme l’un des tout premiers blancs secs du Bordelais.