Celle-ci regroupe 130 châteaux parmi les plus fameux du Bordelais (Yquem, Cheval Blanc, Lynch Bages, Beychevelle, etc), et draine chaque année vers les chais 5.000 professionnels du vin, qui viennent découvrir le dernier millésime en cours d’élevage. Le millésime 2007 a été marqué par une climatologie singulière, un printemps humide et un été morose, faisant suite à une floraison capricieuse. Une forte pression du mildiou s’est abattue sur les vignes, encouragée par une pluviométrie excédentaire.
Fort heureusement, le soleil revenu au cours des mois de septembre et d’octobre a permis de sauver la qualité de ce millésime, à condition d’effectuer un travail minutieux et souvent coûteux à la vigne, puis une sélection sévère au chai. Les bons vignerons ont souvent attendu la maturité maximum pour vendanger des raisins bien mûrs ( jusqu’à fin octobre dans le Médoc) ; ils ont en outre évité de trop longues extractions, laissant à leurs vins la fraîcheur du fruit.
L’année 2007 restera à Bordeaux comme un très bon millésime de vins blancs secs et aussi de liquoreux, grâce à une arrière saison exceptionnelle.
Les rouges reflètent une météo bien difficile, et constituent un millésime de transition, avec des vins qui seront vite prêts à boire, et utiles pour un marché de consommation relativement rapide.
Ces vins constituent à leur manière une belle prouesse, et compte tenu des conditions climatiques, il n’est pas exagéré de considérer les plus réussis comme un défi lancé (et gagné) aux redoutables circonstances de leur naissance. Sur ce point, les viticulteurs girondins, dont les vins seront agréables à boire, ont manifesté un savoir faire et une compétence qui méritent d’être signalés.
Pour autant, ce n’est pas un cas général, et ce millésime demeure extrêmement hétérogène. Si l’on excepte les blancs, tous délicieux, il n’y a guère que l’appellation Pessac-Léognan qui affiche en rouge un niveau qualitatif homogène et général. Les grands terroirs ont parlé avec talent, et leur micro-climat a fait le reste. Ce sont des vins très bordelais, classiques, fins, avec un fruit net, où l’on retrouve ce petit goût fumé qui disparaissait naguère trop souvent sous le bois. Parmi les plus attractifs, on peut citer Carbonnieux, Haut Bailly, Latour Martillac, Fieuzal, Chevalier, Les Carmes Haut Brion, Smith Haut Lafite, Pape Clément. Ce millésime confirme aussi les progrès de Bouscaut et Olivier, qui font un retour remarqué depuis le début du siècle, parmi l’élite. La réussite globale de cette appellation, ajoutée à la qualité des vins blancs, fait penser que le millésime 2007 en Gironde est surtout l’année du Sud. L’appellation Pomerol a produit des vins agréables, parfois un peu simples a regard de millésimes plus complexes, moins denses que les années précédentes, mais pas moins plaisants, avec des tanins fins et fondus, et des arômes de fruits, doux et friands, s’ils ne sont pas masqués par un excès de barrique neuve. Ces vins seront sans doute assez vite bons à boire, et représentent à leurs façons une bonne expression de leur terroir dans un registre souple et fin, tels Petit Village, Gazin, Rouget ou Vieux Maillet.
Saint Emilion présente un cas d’école, très différent, avec des vins magnifiques, et d’autres médiocres, signe que la nature du terroir ou de l’encépagement, et l’intuition du vinificateur, ont eu à jouer cette année une forte partie. Parmi les premiers crus, on relève la qualité de Figeac, Canon, Clos Fourtet, Angelus et La Gaffelière, vins le plus souvent épicés, bien équilibrés, et conforme autant à leur sol qu’à ce millésime. De nombreux autres crus classés ont également joué une partition de terroir et de modestie, tels Corbin, Clos des Jacobins, Les Grandes Murailles, Franc Mayne ou Laroze. Dans cette catégorie, le Clos Saint Martin et Grand Corbin Despagne paraissent même au dessus du lot.
Mais s’il y a des victoires, il y a aussi des défaites, et l’amateur sera confronté au rude défi d’avoir à faire le tri parmi les très bons, les bons, et les moins bons. C’est aussi le cas de Médoc, où l’abondance des étiquettes impose une sévère sélection dans des qualités disparates. La maturité tardive des cabernets a autorisé des vendanges de bonne qualité en octobre, sous le soleil, et donné des vins de bon aloi, souvent harmonieux et consistants, mais pas tous. On y relève, comme sur la Rive Droite, des finales amères et des tanins rustiques. Beaucoup de vins sont classiques, fruités et seront rapidement bons à boire.
Le millésime 2007 a aussi révélé les progrès manifestes de crus bourgeois, dont l’image était un peu endormie à la fin du 20ème siècle, et qui se réveillent aujourd’hui pleins de promesses, tels Malleret, Villegeorges ou Larrivaux. Dans les grands crus classés et les appellations communales du Médoc, 2007 apporte de bonnes surprises, et les grands terroirs de Pauillac et de Saint Julien sont au rendez-vous de la qualité. Osons tout de même quelques coups de cœur: Monbrison, Armailhac, Angludet, Le Tertre, Pontet Canet, Saint Pierre, Kirwan, Giscours, Batailley, Belgrave.
Au total, il semble que l’on n’aurait pas pu faire beaucoup mieux, compte tenu des conditions climatiques. Et il parait à peu près certain que les soins importants apportés à la vigne, ainsi que les progrès constants de l’œnologie, ont contribué à sauver un millésime qui eût été sans nul doute infiniment plus médiocre il y a vingt ans.
Primeurs 2007
- Bordeaux 2007
- Les bonnes trouvailles d'un millésime de transition
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La semaine de présentation des primeurs, c'est-à-dire des grands crus du millésime 2007, a eu lieu en Gironde, avec l’organisation de multiples dégustations par l’Union des Grands Crus de Bordeaux 09/04/2008 © JDV - 2008 - DT
