19 mars, 2012 | Viticulture | Cépages |

Encépagement : Les heureux sursauts du carignan

Vecteur de la logique productiviste d’une époque, puis sacrifié par une viticulture normative, le carignan, cépage noir très ancien, revient sur le devant de la scène, fort d’un estimable patrimoine de vieilles vignes. Stimulée d’autre part par des vignerons militants, sa cause arrive à point nommé dans un Languedoc en reconquête d’identité.

Avec ses ceps tortueux, taillés en gobelet, le carignan caractérise encore des paysages languedociens et témoigne d’une époque où la mécanisation ne dictait pas la conduite des vignes. Communément attachée à l’épithète « vieilles vignes », sa désignation souligne l’âge moyen d’une variété dont les dernières replantations significatives datent des années 70, tandis que des sujets de l’après phylloxéra s’avèrent toujours vaillants !

Aujourd’hui, le cépage ne tient plus le même rôle que lui attribuait une ère de prospérité rimant avec volumes. Survivant d’un arrachage effréné, il a cessé d’être le grand pourvoyeur des vins courants, et tient désormais sa place parmi les variétés respectables de la région. Pour cela, il a d’abord fallu que des vignerons le montrent sous un nouveau jour, en y mettant tout leur métier et leur exigence. C’est ainsi que sont nés des vins manifestes, assumant entièrement le parti du carignan en le revendiquant sans ambages.

Dans cette mouvance, le Domaine d’Aupilhac sort « Le Carignan » en 1989, une initiative qui trouvera d’autres échos non moins explicites : « Carignator » (Domaine Rimbert), « Carignanissime » (Clos Centeilles) ou simplement « Carignan » (Château Ollieux-Romanis.) Malgré une origine bien identifiée, ces vins-là, comme ceux issus de sa seule essence, sont souvent proscrits des appellations d’origine, car les différentes législations n’ont donné qu’un rôle subalterne au cépage, exception faite de Fitou où il constitue, avec le grenache, l’un des deux cépages principaux. Sur cette aire, il représente d’ailleurs 40% de l’encépagement (soit 940 ha) et continue d’être renouvelé au même rythme que les autres variétés. Cela dit, le foyer du carignan reste le vignoble des Corbières, où il représente près de la moitié des plantations (7000 ha) et prospère en dépit d’un décret qui, à l’époque de sa publication (1985), avait rendu son usage facultatif ! Entre-temps, les mentalités ont évolué à son avantage pour faire en sorte qu’il soit obligatoire (30% au minimum) dans le Cru Corbières-Boutenac, agréé en 2005.
Désormais, le temps où le carignan était vécu comme une fatalité est bien révolu. On considère même son actualité, comme son adéquation avec le réchauffement climatique ou encore son apport sur le plan culturel, comme facteur d’authenticité. Enfin, sous la houlette d’esprits militants, sa médiation a pris forme dans une association informelle, « Carignan Renaissance », dont la création (2004) et la dynamique reviennent à John Bojanowski, le remuant vigneron de Clos du Gravillas, situé en Minervois (M. B.).

Où se procurer les vins cités :
Domaine d’Aupilhac, 34150 Montpeyroux, 04 67 96 61 19, Vin de Pays du Mont Baudile, « Le Carignan » 2010 : 17€
Domaine Rimbert, 34360 Berlou, 04 67 89 74 66, Vin de France, « Carignator 3 » et « 3 bis » : 15€
Clos Centeilles, 34120 Siran, 04 68 91 52 18, Minervois, « Carignanissime » 2008 : 9€
Château Ollieux-Romanis, 11200 Monséret, 04 68 43 35 20, Vin de Pays de l’Aude, « Carignan » 2009 : 10€

Pour « Carignan Renaissance », consulter : www.closdugravillas.com

1 commentaire sur Encépagement : Les heureux sursauts du carignan

  • IL FAUT SAUVER LE SOLDAT CARIGNAN

    L’Assemblée Générale de l’AOC Côtes du Roussillon qui s’est tenu le 14 Juin 2005 a voté la poursuite du projet de révision du décret de cette Appellation. Le dit projet comporte notamment la limitation à 40 % du Carignan.
    Ce cépage historique est un fidèle serviteur de la viticulture catalane qui jusqu’à présent lui a gardé une place de choix dans ses vignes et dans son cœur comme un legs ancestral. Il représente une bonne part de l’identité de nos vins. Sa parfaite acclimatation à nos terroirs, démontré lors des dernières années de sécheresse, le capital énorme que sont toutes ces vignes anciennes qui ont bénéficié dans leurs premières dizaines d’années de pratiques culturales sensées, devraient lui assurer un enracinement dans nos appellations aussi profond que celui de ses propres racines dans nos vignes. Beaucoup de vignerons élaborent de magnifiques cuvées dans lesquelles ce cépage est majoritaire . La qualité de ces bouteilles a été reconnue par beaucoup de dégustateurs ici et dans le reste du monde.
    L’intérêt du Carignan n’est donc pas à mettre en cause, l’Assemblée ne l’a d’ailleurs pas fait.
    La question est donc : pourquoi ?
    La réponse est : il a été décidé de nous faire rejoindre à marche forcée la grande Appellation Coteaux du Languedoc, qui elle ne tolère le Carignan qu’à concurrence de 40% et pour ce faire l’AOC Côtes du Roussillon doit s’harmoniser avec cette appellation. Ce sera un voyage sans retour.
    La crise qui ébranle le monde du vin a fait imaginer cette solution et il ne s’agit pas de reprocher à qui que ce soit de s’engager dans une voie qui lui paraît salutaire mais dans ce cas il s’agit tout de même d’un « hold up »

    Autre proposition : l’introduction du Muscat dans l’AOC Côtes du Roussillon Blanc. Rappelons les cépages admis dans cette appellation : Macabeu, Grenache Blanc, Roussane, Marsane, Torbat, Vermentino, cépages de grand intérêt pour une appellation intelligente. Ces vins sont d’une grande finesse et d’arômes délicats. L’arrivée du Muscat, cépage également intéressant mais à la puissance aromatique énorme, masquera toute la finesse des assemblages et marquera de sa forte empreinte les vins de l’appellation. Sa place est plutôt dans les Vins de Pays où règne la liberté.
    A ce propos l’origine de nos maux est peut être que nous traitons cette AOC Côtes du Roussillon comme un Vin de Pays depuis trop longtemps

    Etienne Montès

    17 Juin 2005

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