7 hectares en 1952, 70 hectares soixante ans plus tard …. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les Duboscq n’ont pas chômé à Haut Marbuzet.
Le père Hervé, d’abord, qui l’a acheté avec l’audace des pionniers, et qui est le véritable fondateur du domaine ; son fils Henri, ensuite, figure du Médoc viticole, qui aura passé sa vie à développer son patrimoine, l’agrandir et surtout faire une vraie marque avec son étiquette ; et les petits-fils Bruno et Hugues Duboscq, fils d’Henri, aujourd’hui à l’œuvre avec leur père pour foncer encore et toujours.
Henri Duboscq a souvent raconté son amour des vins ronds, féminins, boisés, aux tanins doux et mûrs. De ce point de vue, ceux de Haut Marbuzet se différencient nettement du Saint Estèphe classique, charnu, un peu dur, souvent viril et puissant. Un joueur de rugby en comparaison des danseuses de Duboscq. Mais que lui importe. « Je ne vaux pas être le meilleur, je veux être le préféré» s’amuse cet homme enjoué, beau parleur, admirateur de Talleyrand, dont les vins pleins de charme et de fruits lui ressemblent énormément.
Le terroir de Haut Marbuzet est classiquement fait de croupes de graves garonnaises, avec un sous-sol d’argiles et de calcaire. Le merlot s’y épanouit avec bonheur, et se marie à la fin aux cabernets, pour une union de belle harmonie placée sous le signe du chêne neuf. On se régale quand le vin est jeune, et encore plus quand il est vieux, et que les tanins du bois ont fondu. Les bons dégustateurs observent qu’entre les deux, le vin connait un peu l’âge ingrat, une sorte de traversée du désert. Il fait regretter de ne pas l’avoir bu, mais on se console quand on ouvre la bouteille trois ans plus tard.
D’abord navigateur solitaire, le capitaine Duboscq est aujourd’hui à la tête d’une flottille viticole, ou plutôt d’une escadre, où les navires Chambert, Layauga, Mac Carthy et Tour de Marbuzet, fendent la mer dans le sillage du vaisseau amiral, Haut Marbuzet.
Sans doute Henri Duboscq vend-il une partie de sa production au négoce de la place de Bordeaux. Mais c’est une minorité et la vente directe représente les deux tiers de la commercialisation. Car il a fédéré au fil des années tout un réseau d’amateurs fidèles, et de clients, devenus souvent des amis, qui viennent à Saint Estèphe pour le plaisir de l’entendre parler de son vin, comme d’une femme qu’on aime et qui aurait, peut-être la jupe un peu fendue… Ceci pour dire qu’Henri Duboscq aime à faire un vin qui lui ressemble. Mais que certains millésimes peuvent se hisser avec bonheur au niveau d’un cru très bien classé. Revanche légitime d’un cru soi-disant bourgeois…


